Hum, bonjour bonjour, toi qui n'a rien d'autre à faire que de venir ici.
En fait, soyons honnêtes, je ne connais pas trop over-blog, je ne connais même personne ici, mais j'ai
envie d'écrire, et il faut bien écrire quelque part me semble-t-il. Alors je commence ici, soyons fous. Héhé, en plus, ça fait une chouette expérience, on va voir si je vais réussir à rameuter
des gens par ici.
Bon, me voilà, anso, j'aime Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, la poésie, la littérature, la musique, les
arts, et tout ce qui y ressemble, de près ou de loin. Entre autres, j'aimerais commencer un roman, dont vous verrez des extraits ici, jugez, n'ayez pas peur d'être méchants, mais restez
critiques.
Petite parenthèse, mon début d'écriture est dans la catégorie "Sadie & Jude" !
Ils ne pouvaient pas faire mieux que de commencer par Le Tunnel d'Or. C'était tout simplement
magnifique, j'aurais jamais imaginé ça. C'était sentir le sol vibrer sous tes pieds, les vibrations remonter et te remuer au plus profond des entrailles, voir les battements de ton cœur confondus
avec ceux de la batterie, te coller contre la scène, profiter de chaque seconde comme si elle devait durer une éternité, et avoir l'impression que le tout n'a même pas duré une heure, sentir tes
paumes de la main bruler sous les applaudissements, être toujours plus anxieux pendant les rappels, te demandant à chaque seconde si ils vont revenir, puis sentir ton cœur battre plus fort que
jamais quand ils reviennent pour une dernière chanson, comprendre que c'est fini, tout d'un coup la chute, savoir que tu ne revivras sans doute plus jamais ça, les chercher pour leur dire ce que
tu ressens, ce qu'ils t'ont fait vivre, puis t'entendre dire qu'ils ne viendront pas ce soir, et réaliser que c'est trop tard pour les remercier, redescendre, trop vite, trop bas.
Là voilà. Jade, seize ans. Aime la musique. Plus que tout. Plus que son entourage, plus que la mousse d’un chocolat
viennois, plus que sa vie. Car la musique, c’est sa vie. Elle se réveille en musique, s’endort en musique. Toute la journée, on peut la voir fredonner une chanson, ou en écouter une autre. Elle
ne peut pas s’en passer. C’est la musique qui lui donne la force de se relever quand elle est à terre, la force de continuer à se battre. Elle ne sait ce qu’elle ferait sans musique : elle
n’a jamais essayé. Elle n’ose pas. La musique est ce qu’elle a de plus précieux : contrairement aux amis, elle ne vous abandonne jamais. La musique de Jade a été présente tout au long de sa
courte existence. De ses premiers pas au lycée, de ses joies à ses peines, la tête enfouie dans son oreiller, les larmes coulant d’elles-mêmes, le sourire aux lèvres, un rire pur et franc
résonnant, la musique était là.
Aujourd’hui, elle est dans le train en route pour Paris, et la musique l’accompagne toujours. Demain soir, elle va
voir Playground en concert, avec Jude, son cousin. Jude a seize ans, aime la musique plus que tout, mais moins que Jade. Playground, en ce moment, c’est leur musique à tous les
deux.
Jade descendit du train, se fraya un chemin à travers la foule et sortit de la gare. Elle s’arrêta un instant. Bien
que l’on soit en décembre, elle ne s’attendait pas à un tel spectacle. Cette vision la laissa muette. Paris blanc, Paris immaculé ! Elle sût alors qu’elle ne regrettait pas d’être venue.
Jude lui fit signe de sous un lampadaire. Elle courut vers lui. Il souriait, heureux. Son manteau laissait apercevoir un t-shirt à l’effigie des Beatles. Les deux cousins s’embrassèrent, puis se
dirigèrent vers une bouche de métro, et arrivèrent chez Jude. Cette nuit-là, l’impatience les rongeait tant qu’ils ne purent trouver le sommeil, ainsi partirent-ils tôt visiter la
Ville-Lumière.
Jamais Jade n’avait vu pareil endroit. Ils se promenèrent longtemps, dans différents quartiers, et, chaque fois,
Jade était éblouie par la beauté de la cité. Jude riait de son émerveillement, mais le comprenait. Lui-même était fier d’habiter là.
Vint enfin l’heure tant attendue du concert. Lorsqu’ils arrivèrent à destination, une immense marée humaine les
empêcher de rien distinguer. Pourtant, après une heure d’attente, les vigiles durent ouvrir les portes, car la foule devant eux diminua de façon considérable, et Jade & Jude furent précipités
dans la salle. Ils réussirent à s’installer à quelques mètres de la scène.
Soudain, le silence se fit et les lumières s’éteignirent. Playground apparut. Ils étaient imposants. Durant toutes
leurs chansons, Jade était comme hypnotisée. Les lumières filaient devant ses yeux. Le son parvenait à ses oreilles sans les cris des fans hystériques. A ce moment précis, elle aurait pu faire
n’importe quoi. A ce moment précis, elle était libre. A ce moment précis, c’était l’apothéose.
Un grand bruit. Puis, plus rien.
Lorsque Jade rouvrit les yeux, Jude était penché sur elle, l’air désespéré. Elle, elle était allongée par terre.
Elle crut reconnaître l’appartement de Jude. Un bourdonnement désagréable emplissait ses oreilles. Elle vit les lèvres de Jude esquisser un sourire, puis remuer, sans doute pour lui dire quelques
paroles réconfortantes, mais aucun son ne lui parvint. Elle voulut parler, mais n’entendit pas sa propre voix. Le vide. Alors elle comprit. A ce moment précis, elle aurait pu tenter n’importe
quoi. A ce moment précis, elle sût qu’elle était perdue. Elle aurait voulu crier, hurler, même, mais elle savait que cela était inutile. Alors, elle s’assit, posa sa tête sur l’épaule de Jude, et
pleura longtemps, de gros sanglots silencieux. Les larmes coulaient, perlaient au bout de ses cheveux de Jai. Elle pleura pour sa musique. Elle pleura parce que c’était fini l’insouciance, le
temps où toutes ses humeurs se réglaient avec une chanson. Elle pleura parce que plus jamais une douce mélodie ne viendrait chatouiller ses oreilles.
Le lendemain, elle rentra chez elle, en silence. Aucune chanson ne trottait dans sa tête. Une fois à la maison, tout
le monde fût très gentil. Ils avaient tous l’air désolé, avaient toujours une attention particulière, prenaient soin de pas la laisser seule. Mais Jade n’allait pas mieux. Sa vie n’était plus que
silence et macabres pensées. Seul ce bourdonnement sourd persistait, la narguait. Alors, pour l’oublier, Jade se lançait dans de longues réflexions sur le sens de sa vie. Elle gardait vague, pâle
et passif. Chaque jour, elle dépérissait un peu plus, telle une fleur fanée. Un jour, pourtant, elle se décida à sortir. Elle partit se promener vers les falaises, quand, pour la première fois
depuis son accident, une chanson se hasarda dans ses pensées. Hey Jude, des Beatles. Et voilà que Paul McCartney, John Lennon, George Harrison et Ringo Starr donnaient un concert privé dans son
esprit, le plus beau concert depuis au moins 1962.
Alors, Jade comprit le sens de sa vie. Le sens de sa vie, c’était la musique. Elle ne pourrait plus jamais être avec
elle, alors Jade sût ce qu’elle avait à faire. Lentement, elle recula, afin de prendre de l’élan. Puis elle se mit à courir, du plus vite qu’elle pût, fermant les yeux à s’en briser les
paupières, serrant les dents à s’en faire mal. Tout d’un coup, ses pieds quittèrent le sol. Elle s’envola du haut des falaises, pour rejoindre l’écume douce qui se fracassait contre les récifs.
C’était elle. Jade, seize ans. Aimait la musique. Plus que tout. Plus que son entourage, plus que la mousse d’un chocolat viennois, plus que sa vie. Car la musique, c’était sa vie.